Les 38 Enseignements du Dao De Jing - Le Guide Taoïste Complet
Paul PengPartager

Le vent d'automne portait des feuilles rouges à travers la cour du Manoir Tianshi. J'étais arrivé au Mont Longhu trois ans plus tôt, jeune homme brûlant d'ambition – apprendre le taoïsme, oui, mais aussi le maîtriser, posséder ses secrets. Mon maître l'a senti en moi dès notre première rencontre.
« Tu veux prendre », dit-il. « Mais le Dao ne donne qu'à ceux qui apprennent d'abord à recevoir. »
La première année, il ne me donna aucun enseignement. Il m'assigna à copier le Dao De Jing—non pas une fois, mais quatre-vingt-une fois, une pour chaque chapitre. Je pensais que c'était une punition. Maintenant, je comprends que c'était la première leçon.
Points Clés à Retenir
- Les 38 Enseignements divisent la sagesse du Dao De Jing en 38 principes distincts pour la gouvernance et la cultivation personnelle
- Ces enseignements relient la philosophie ancienne à la pratique quotidienne
- L'auto-cultivation taoïste et l'harmonie sociale sont inséparables dans ce cadre
- Comprendre ces enseignements transforme la façon dont vous lisez le Dao De Jing lui-même
- Le chemin vers un pouvoir authentique réside dans la non-action et l'intégrité morale
D'où Vient ce Nombre
Du Guangting (杜光庭) vécut pendant la période des Cinq Dynasties, une époque de bouleversements constants en Chine. Les seigneurs de guerre régnaient par la force. Les lettrés-fonctionnaires vivaient dans la peur. Le peuple souffrait. Du Guangting est né dans ce chaos—et il croyait que le Dao De Jing détenait la réponse.
Il fut l'un des commentateurs les plus prolifiques du Dao De Jing dans toute l'histoire taoïste, et il écrivit son Sens Global du Saint Dao De Jing (《道德真经广圣义》) non pas comme un exercice académique, mais comme un guide de survie pour un monde fracturé.
Dans les premières lignes de son commentaire, il exposa son cadre : le Dao De Jing contient trente-huit enseignements distincts sur la gouvernance et l'auto-cultivation. Trente-huit principes qui, s'ils étaient compris et appliqués, pourraient ramener l'ordre au chaos.
Mon maître me dit un jour que la liste de Du Guangting n'est pas seulement une taxonomie. C'est une carte. Chacun des trente-huit enseignements pointe vers un aspect différent de la même vérité fondamentale—que le souverain sage et le pratiquant sérieux suivent le même chemin.
Le premier enseignement concerne le gouvernement par le wu wei—par la non-action. Le vingt-deuxième concerne la préservation de la vie et le développement de sa vitalité naturelle. Le trente-huitième concerne la compréhension que ceux qui incarnent le Dao recevront inévitablement ses bénédictions.
Ce ne sont pas des leçons séparées. Ce sont différentes facettes d'un même enseignement, vues sous des angles différents.
Les 38 Enseignements du Dao De Jing : Liste Complète
Du Guangting a organisé les trente-huit enseignements en deux catégories principales : les enseignements pour gouverner l'État (les dix-neuf premiers) et les enseignements pour cultiver le soi (les dix-neuf derniers). Ensemble, ils forment un système complet où l'auto-cultivation et l'harmonie sociale sont inséparables.
Enseignements 1-19 : Gouverner l'État
| # | Enseignement | Principe Fondamental |
|---|--------------|----------------------|
| 1 | Enseigner par la non-action (wu wei) | Le souverain gouverne en créant les conditions de l'auto-organisation, non en intervenant |
| 2 | Enseigner la voie de la cultivation pour le monde | Le souverain incarne la vertu et inspire les autres par l'exemple |
| 3 | Gouverner selon le principe du Dao | Aligner la gouvernance sur la loi naturelle, non sur une volonté arbitraire |
| 4 | Gouverner sans incident, en suivant le ciel | Opérer en harmonie avec les modèles cosmiques |
| 5 | Ne pas s'élever au-dessus du monde | Le véritable leadership signifie servir, non dominer |
| 6 | Ne pas élever les dignes ni chérir les objets rares | Éviter de créer une rareté artificielle et de la compétition |
| 7 | Transformer par la non-ingérence et le non-désir | Diriger par l'exemple du contentement, non en exigeant le changement |
| 8 | Considérer toutes choses avec égalité, se libérer de l'attachement à la réussite | Ne juger personne, ne désirer aucune gloire |
| 9 | Tenir sans saisir, couler sans obstruction | S'adapter aux circonstances sans rigidité |
| 10 | Prendre le subordonné comme fondation | La vraie force réside dans le soutien des autres |
| 11 | Guider les seigneurs régionaux par une gouvernance juste | Diriger localement avant de tenter une influence plus large |
| 12 | Les souverains ne doivent pas être durs ou oppressifs | La miséricorde et la retenue sont les marques d'un règne sage |
| 13 | Aider le souverain par le Dao, non par la force militaire | La sagesse prévaut toujours sur la violence |
| 14 | Les seigneurs doivent garder le Dao et transformer le peuple | Transformer par la vertu, non par la coercition |
| 15 | Les seigneurs ne doivent pas se complaire dans l'ostentation militaire | La paix vient de la retenue, non de la force |
| 16 | Les seigneurs ne doivent pas être extravagants ; alléger les impôts et le travail | La vraie prospérité vient de la滋养 (nourriture), non de l'extraction |
| 17 | Les seigneurs ne doivent jamais exhiber d'armes ou d'autorité | Le pouvoir qui doit être exhibé est déjà perdu |
| 18 | Gouverner l'État en cultivant le soi ; honorer les Trois Trésors | La cultivation personnelle est le fondement de tout leadership |
| 19 | Cultiver le corps : céder et vous serez préservé ; embrasser la douceur et vous vaincrez | La flexibilité et l'humilité sont les racines de la force |
Enseignements 20-38 : Cultiver le Soi
| # | Enseignement | Principe Fondamental |
|---|--------------|----------------------|
| 20 | Cultiver le soi par la non-action et la liberté du désir | Lâcher l'impulsion d'ajouter—cultiver par soustraction |
| 21 | Préserver le Dao et nourrir l'énergie vitale pour accomplir sa vie | Protéger votre jing-qi-shen ; ne pas gaspiller la force vitale |
| 22 | Cultiver le soi en honorant la bonté et en supprimant la méchanceté | Identifier ce qui vous nuit et créer de l'espace pour ce qui guérit |
| 23 | Cultiver le soi en prenant la vertu comme fondation | Bâtir sa vie sur une bonté authentique, non sur l'apparence |
| 24 | Cultiver le soi par une dévotion diligente au Dao | La constance compte plus qu'une percée spectaculaire |
| 25 | Cultiver le soi en oubliant la gloire et l'apprentissage mondain | Lâcher ce que les autres pensent ; découvrir ce que vous valorisez réellement |
| 26 | Cultiver le soi en ne convoitant pas les avantages mondains | L'attention va là où le désir pointe ; choisir sagement |
| 27 | Cultiver le soi : cesser extérieurement la quête de gloire ; cesser intérieurement d'afficher ses capacités | L'humilité est une force non encore reconnue |
| 28 | Cultiver le soi en ne recherchant ni honneur ni faveur | Se détacher du résultat ; se concentrer sur le processus |
| 29 | Cultiver le soi par peu de désirs et une parole mesurée | L'esprit tranquille voit plus clairement |
| 30 | Pour ceux qui quittent la maison : le Dao et le monde sont des opposés | Le renoncement signifie choisir un ensemble de valeurs différent |
| 31 | Pour ceux qui quittent la maison : nourrir l'esprit et vous ne mourrez pas | Le corps peut passer ; l'esprit peut endurer |
| 32 | Comprendre le destin et chérir la longévité sans peur | Vivre pleinement parce que vous comprenez l'impermanence |
| 33 | Cultiver le soi : placer le corps à l'extérieur et agir sans ego | La vraie action vient de l'endroit au-delà de l'ego |
| 34 | Cultiver le soi : vider le cœur et s'unir au Dao | L'esprit ouvert reçoit ; l'esprit plein bloque |
| 35 | Conduisez-vous dans le monde en vous harmonisant avec toutes choses | Se fondre sans se perdre ; servir sans se sacrifier |
| 36 | Cultiver le soi : mettre fin aux désirs, révérer la lumière de l'humilité | Plus vous devenez silencieux, plus vous entendez |
| 37 | Diminuer l'excès et augmenter ce qui manque | L'équilibre, non la perfection, est le but |
| 38 | Pratiquer le Dao et cultiver le soi ; vous recevrez certainement sa récompense | La récolte suit la semence—sans faute |

Pourquoi le Nombre Trente-Huit Est Important
Vous vous demandez peut-être : pourquoi organiser les enseignements du Dao De Jing de cette manière ? Le texte lui-même ne se présente pas comme une liste numérotée. Alors pourquoi le forcer à en devenir une ?
Voici ce qu'il m'a fallu des années pour comprendre : Du Guangting n'imposait pas l'ordre au chaos. Il révélait un ordre qui était déjà là.
Le Dao De Jing compte 81 chapitres. Parmi ceux-ci, environ les deux tiers traitent de la gouvernance – comment le souverain sage doit se comporter, comment gouverner un État, comment maintenir l'harmonie. Le tiers restant traite de la cultivation personnelle – comment nourrir le soi, comment préserver sa vitalité, comment suivre le chemin.
Mais voici l'idée : ce ne sont pas réellement deux sujets différents. Dans la Philosophie Taoïste, le sage qui ne peut pas se gouverner ne peut rien gouverner. Et la personne qui se cultive sans se soucier des autres manque la moitié du tableau.
Les trente-huit enseignements de Du Guangting explicitent ce lien. Quand il énumère « gouverner l'État par la non-action » à côté de « préserver la vie par l'humilité », il nous montre que ce sont des expressions du même principe.
Le nombre trente-huit lui-même n'est pas sacré. Ce qui compte, c'est la reconnaissance que la sagesse du Dao De Jing est systématique, et non dispersée. Elle peut être cartographiée. Elle peut être appliquée. Elle peut être vécue.
Ce que Cela Signifie pour Votre Pratique
C'est là que la théorie devient pratique. Les trente-huit enseignements de Du Guangting ne sont pas de simples curiosités historiques. Ils constituent un cadre que vous pouvez appliquer dès maintenant, où que vous soyez sur votre chemin.
Ma première leçon : copier le Dao De Jing
J'ai mentionné plus tôt que mon maître m'avait fait copier le Dao De Jing quatre-vingt-une fois. À l'époque, je pensais que c'était une tâche inutile. Je voulais des techniques avancées, des rituels secrets, des méthodes puissantes. Au lieu de cela, j'ai eu un pinceau, de l'encre et du papier.
Mais voici ce qui s'est passé : au bout de la quarantième copie, j'avais cessé de voir le texte comme une collection de sages dictons. J'ai commencé à le voir comme un argument unique et cohérent. Les chapitres se connectaient. Les thèmes s'entremêlaient. À la quatre-vingtième copie, je pouvais sentir le rythme de la prose de Zhuangzi dans mes os.
Ceci, je le comprends maintenant, est l'enseignement n°24 en action – la dévotion diligente au Dao. Ne pas chercher de percée. Ne pas courir après l'expérience. Simplement se présenter, jour après jour, pinceau en main.
Ma révélation : la retraite de trois ans
Lors de ma troisième année sur la montagne, mon maître accepta enfin de m'enseigner la méditation formelle. Mais il imposa une condition : je devais passer trois mois en 闭关 (bìguān) — pratique isolée.
Le premier mois fut une agonie. Je m'asseyais en méditation et ne ressentais rien d'autre que l'ennui et l'apitoiement sur moi-même. J'avais quitté ma carrière, ma vie citadine, mes ambitions. Pour quoi ? Pour rester assis dans une pièce froide à observer mes pensées ?
Le deuxième mois, quelque chose changea. J'arrêtai d'essayer de réaliser quoi que ce soit. Je cessai d'attendre une expérience spéciale. Je m'assis simplement. Quand des pensées surgissaient, je les remarquais. Quand elles passaient, je revenais à la respiration. Aucun jugement. Aucune ambition.
À la fin du troisième mois, je compris l'enseignement n°20 d'une manière que je n'avais jamais perçue auparavant : cultiver le soi par la non-action. Durant tout le mois, je n'avais "rien fait". Et pourtant, j'avais davantage transformé en trois mois de non-faire qu'en trois ans d'efforts.
C'est le paradoxe avec lequel les pratiquants occidentaux luttent souvent. Nous voulons maîtriser le Dao. Nous voulons atteindre la réalisation spirituelle. Mais le chemin du Wu Wei nous demande de lâcher le désir d'atteindre. C'est dans ce lâcher-prise que quelque chose d'authentique devient possible.

Enseignement n°29 : le pouvoir de peu de désirs
L'année dernière, une étudiante est venue me voir se plaignant d'anxiété. Elle avait une bonne carrière, une famille aimante, une sécurité financière – tout ce que le monde lui disait qu'elle devrait désirer. Pourtant, elle ne parvenait pas à dormir. Elle ne pouvait pas se concentrer. Elle se sentait comme un échec.
Je lui ai demandé : « Que désires-tu ? »
Elle a énuméré une douzaine de choses : plus d'argent, une promotion, de la reconnaissance, de l'aventure, du sens.
Je lui ai redemandé : « Non. Que désires-tu vraiment ? »
Elle a fait une pause. Puis, doucement : « Je veux arrêter d'avoir l'impression de me noyer. »
Son vrai désir n'était aucune des choses de sa liste. C'était la paix. Et pourtant, elle poursuivait une centaine de désirs différents qui la maintenaient piégée dans l'anxiété.
L'enseignement n°29 dit : cultiver le soi par peu de désirs et une parole mesurée. Pas aucun désir. Peu de désirs. Choisissez une chose qui compte vraiment, et laissez les autres s'effacer.
Je lui ai dit : « Choisis une chose. Le seul désir qui, s'il était exaucé, rendrait les autres inutiles. Concentre toute ton énergie là-dessus. Lâche le reste. »
Elle a choisi la paix. En six mois, son anxiété a considérablement diminué. Non pas parce que ses circonstances avaient changé, mais parce qu'elle avait cessé de disperser son énergie sur une centaine de désirs concurrents.
Enseignement n°18 : Gouverner le Soi
Dans la Pratique Taoïste, nous parlons des « Trois Trésors » : jing (essence), qi (énergie vitale) et shen (esprit). Ce ne sont pas des concepts abstraits. Ce sont de réels aspects de votre être qui peuvent être cultivés ou épuisés.
Quand j'étais jeune, j'ai épuisé mon jing par le surmenage et l'excès. J'ai gaspillé mon qi par l'anxiété et l'ambition. J'ai dispersé mon shen par une distraction et une stimulation constantes.
L'enseignement n°18 – gouverner l'État en cultivant le soi ; honorer les Trois Trésors – m'a donné un cadre pour inverser la tendance. Au lieu d'épuiser mes ressources par la quête extérieure, je pouvais les reconstituer par une attention intérieure.
Aujourd'hui, ma pratique quotidienne comprend :
- Immobilité matinale : trente minutes de méditation avant le début de la journée
- Restauration de midi : dix minutes de respiration consciente pendant le travail
- Réflexion du soir : revoir les événements de la journée sans jugement
Des pratiques simples. Rien de spectaculaire. Mais accumulées au fil des ans, elles ont transformé ma relation avec mon propre corps et mon esprit.
Malentendus à Éviter
Les Trente-Huit Enseignements sont parfois mal interprétés. Permettez-moi d'aborder quelques idées fausses courantes.
Un malentendu : que ces enseignements constituent un système complet, et que les maîtriser signifie maîtriser le Dao De Jing. Ce n'est pas le cas. Ils représentent une perspective parmi tant d'autres. Du Guangting était un érudit et un pratiquant, et ses trente-huit enseignements reflètent ses intuitions particulières. Ils éclairent brillamment certains aspects du texte. Mais d'autres aspects restent dans l'ombre.
Un autre malentendu : que les enseignements sur la gouvernance ne s'appliquent qu'aux dirigeants. Ce n'est pas le cas. Dans la philosophie taoïste, la famille est un microcosme de l'État. La personne qui ne peut mettre de l'ordre dans son propre esprit ne peut mettre de l'ordre dans sa maison. La personne qui ne peut se gouverner elle-même ne peut vraiment aider les autres. Ainsi, les enseignements sur la gouvernance concernent en réalité l'autogouvernance.
Une troisième incompréhension : que la voie de la non-action signifie la passivité. Le Wu wei ne signifie pas ne rien faire. Cela signifie agir en accord avec l'ordre naturel, plutôt que de le combattre. Il y a un temps pour l'effort vigoureux et un temps pour l'attente patiente. La sagesse réside dans le fait de savoir ce qui est requis.
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Le soleil d'automne était chaud sur mes épaules alors que je terminais mon compte rendu à mon maître ce jour-là. Il écouta en silence, puis demanda :
« Et lequel des trente-huit est le plus important pour toi ? »
Je réfléchis un instant. « L'enseignement n°37, » dis-je. « Diminuer l'excès et augmenter ce qui manque. »
Il sourit. « C'est une bonne réponse. Mais — » il marqua une pause, « — si tu comprenais vraiment l'enseignement n°1, tu n'aurais pas besoin des trente-sept autres. »
Je n'ai pas entièrement saisi ce qu'il voulait dire alors. Je ne suis pas sûr de le saisir pleinement maintenant. Mais j'ai remarqué qu'à chaque fois que je reviens au Dao De Jing, je comprends un peu mieux le premier enseignement.
Et c'est peut-être là le véritable enseignement : le Dao De Jing n'est pas un livre à maîtriser. C'est une pratique à vivre.
Si quelque chose ici résonne en vous, je serais ravi d'en entendre parler.
About the Author
Paul Peng
Paul Peng is a Zhengyi Taoist priest from Longhu Mountain, Jiangxi — the ancestral home of the Celestial Masters' tradition. Ordained at 25 after a dream from the Celestial Master, he has practiced for 25 years under Master Zeng Guangliang. He is the curator of this store, which is officially authorized by Tianshi Fu. All items are consecrated at the temple by the resident priest team.
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